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Aujourd’hui j’ai eu envie de vous parler un peu de mon ancienne activité de maquilleuse. Pas forcément de l’aspect technique des choses (genre comment remplir son kit quand on a 20 danseuses à maquiller sur une soirée, je pense que ça n’intéresse personne), mais plutôt des belles rencontres faites grâce à ce métier.

Et vu qu’en rangeant mes cartons, je suis tombée sur cet EP de Whyzdom, j’y ai vu l’occasion de commencer une série d’article sur ces artistes qui ont changé ma vie, souvent sans trop le savoir.

Whyzdom est un groupe de métal symphonique français, formé en 2007. Cet été là, on me contacte pour maquiller sur leur premier clip.

Or à ce moment là, j’étais en train de terminer ma formation de maquilleuse professionelle. Je maquillais déjà depuis des années, j’avais pas mal d’expérience, et je pensais que faire une formation serait bénéfique. Malheureusement, ce fut une période très pénible. Entre les profs qui écrasait toute tentative de créativité, les collègues qui colportaient des ragots… Le monde de la beauté se révélait être en réalité bien puant, surtout pour une grosse gothique dans mon genre peu habituée à ce genre d’ambiance. Je peux gérer du métalleux bourré et des circassiens défonçés, mais la poulette qui ne parle que de manucure et de teinture de sourcil, ça me dépasse rapidement. (Et maintenant vous savez pourquoi ce blog n’a jamais été un blog beauté.)

Alors quand j’ai reçu cette offre de tournage, j’ai foncé. Ce fut un peu fou, quand j’y repense.

Le matin, je passais mon examen de fin d’année, en couvrant mon modèle de colles, bouts de latex implantés de poils, gélatines vegan (oui oui, j’ai fait tout un travail passionnant sur la recherche d’alternatives aux composés animaux dans les effets spéciaux, mais évidemment les profs n’en avaient rien à cirer, ils avaient eu leur chèque…) et autres délices.

Je rentrais chez moi, préparais mon kit pour le week-end de tournage (sans oublier le fard gras noir. Si j’ai un conseil à vous donner, n’oubliez jamais vos fards gras. Le gras, c’est la vie.) Puis je retournais à l’école, kit en bandoulière, récupérait le reste de mes affaires sur place, et vint ce moment digne d’un mauvais film. Le moment du pot de fin d’année. Là où les masques tombent. Où les gens t’ignorent superbement, sauf quand la rumeur se répand que tu fais un tournage ce week-end et là c’est le drame, limite tu dois rendre des comptes face à la vague de jalousie qui t’entoure. Comment leur dire que je n’ai jamais arrêté de maquiller, que ce soit avant l’école, pendant, sur mes soirées, mes fins de semaines ? Je n’ai jamais attendu que ça me tombe tout cuit dans le bec, j’ai fait mon réseau, j’ai fait des sacrifices, bref, j’étais pas là pour faire tapisserie.

Et puis je suis partie, sans me retourner. J’ai pris le métro, j’ai rejoins le point de rendez-vous pour le tournage.

Et là, j’ai rencontré des vrais gens. Des gens qui rigolent, qui écoutent du métal, qui t’acceptent comme tu es. Des gens passionnés, passionnant, avec une vraie vie derrière. Autant dire qu’après 6 mois enfermée 6h par jour avec des greluches superficielles écoutant radio latina avec option langue de vipère, ce fut un incroyable soulagement. Un retour sur terre. Des vrais gens avec de la matière dedans.

Ce fut un tournage riche en émotions et en défis techniques à relever (tu sais, quand ton faux-sang à gélifié dans une cave tôt le matin et qu’il faut trouver la solution vite fait bien fait avant que tes acteurs ne bleuissent de froid.)

Longtemps après, je me suis rendue compte que sans ce week-end gothico campagnard, j’aurai probablement fait une dépression nerveuse à la sortie d’école.

Parce qu’on oublie trop vite qu’il y a des gens qui peuvent vous redonner le sourire. Des fois ils sont juste bien cachés.

Remerciements à :

Vultus créations pour ses tenues magnifiques.

Florent Cuaz, un des rares photographes avec qui bosser revient à se taper des barres de rire.

Le groupe : Whyzdom et Constance Amelane  pour ce beau moment sous mes pinceaux.

Had3sia, Ghislaine Pujol reine de la caméra, les acteurs (qui ont eu l’immense privilège de goûter mon faux-sang à la framboise, puisque déjà à l’époque je m’intéressai à la formulation des cosmétiques maison) et toute l’équipe technique (fantôme compris).

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